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Publié le par Edysseus

 

 

L'ERE DE LA FOLIE ORDINAIRE


 CITATION

"Le Mat est la seule carte ambiguë du Tarot, il manifeste l'existence de cette inquiétude vertigineuse du monde totalitaire face à l'existence d'un ailleurs. Cet ailleurs, cette étrangeté radicale, n'a pas de place dans l'ordre des représentations, et le système ne pouvait être complet, et donc absolument totalitaire, s'il n'inventait une place nulle, incompréhensible et folle, espace vide de sens. L'institution de cet espace nul est essentiel à la plénitude totalitaire universaliste."

Jean-Marc Lepers, Une interprétation du système de correspondance du tarot divinatoire.


 

 

Au Moyen Age, la fonction traditionnelle du Fou était apparemment des plus anodines : amuser la cour.

Pourtant, sa présence était en même temps indispensable, puisque c’est le Fou qui avait la charge terrible de garder le Roi de la folie qui le guettait en permanence. La liberté de parole qui lui était octroyée et qu’il utilisait pour asséner, au milieu de ses facéties, des vérités glaçantes, était un instrument qu’il utilisait pour crever régulièrement l’abcès.

Or, à présent que le Fou a disparu, ce qui lui a succédé est un totalitarisme de pensée sans précédent dans l’histoire. C’est ainsi que le philosophe Raymond Abellio, parlant de la société moderne, disait ainsi qu’elle avait atteint le degré optimal d’aliénation. Il entendait par là que si la privation de liberté que nous expérimentons aujourd’hui n’était pas la plus grande dans l’absolu, elle était en revanche la plus grande qu’il était possible d’atteindre dans une société de type ouvert, tout simplement parce qu’il n’existait plus de discours audible qui défende d’autres vérités que celles qui maintiennent le système en place.

Voilà pourquoi, aussi empreintes d’humanisme que se veulent les mesures économiques actuelles, elles restent totalement inefficaces à réduire l’injustice. L’affect directeur du pouvoir étant le sentiment de maîtrise, il continue à favoriser une représentation de la réalité dominée par la peur de l’extériorité, parce que c’est la seule façon qu’il connaît d’assurer la cohésion totalitaire interne du système dont il est la clé de voûte.

On comprend dès lors pourquoi, dans le monde moderne, il y a sans cesse plus de sans-domicile-fixe et de laissés-pour-compte. Avant d’être un phénomène économique, il s’agit d’un mécanisme essentiellement psychologique, qui fait que tout personne qui se retrouve dans les marges à naturellement tendance à devenir un catalyseur de l’angoisse sociale. A la fois mauvaise conscience et prétexte du totalitarisme démocratique, l’exclu, le marginal, l’hérétique, le terroriste, le fou sont devenus une figure emblématique du désarroi moderne.

Pourtant, une majorité croissante de gens se rendent compte que les mesures économiques et sociales, les plans de réforme et les discours politiques s’imbriquent les uns dans les dans logique qui n’a pas de fin. Et que, par conséquent, la vérité commence précisément là où ce cercle vicieux se voit brisé.

Or, cet acte de libération ne peut plus être réalisé aujourd’hui que sur la base d’une réforme intérieure. Car au bout du compte, ce qui tient le monde aujourd’hui, ce n’est ni l’économie, ni la science, ni la religion, mais une série d’habitude mentales ancrées profondément en nous. Et ce n’est qu’à l’occasion de très rares moments de lucidité que nous réalisons la différence qui existe entre la réel et le chaos de peurs et d’espoirs que nous projetons sur lui.

C’est, en définitive, ce que les sages de tous temps n’ont jamais cessé de répéter : la solution aux problèmes apparemment insolubles qui déchirent la société ne consiste pas à changer la réalité par tous les moyens, mais à changer d’abord notre manière de l’envisager.

Cet acte de renversement, toutefois, est l’un des plus difficile qui soient. Le propre de l’aberration optique, en effet, est de ne jamais apparaître en tant que telle : bien que provenant d’un défaut du système perceptif, elle se traduit par une modification de l’image, si bien que du point de vue de l’observateur, l’anomalie semblera venir non de lui, mais de ce qui est observé.

C’est pourtant le défi que nous nous sommes lancé en tant qu’éditeur. Nous pensons que l’une des raisons pour laquelle la plupart des grands débats de société actuels ne semblent jamais aboutir à un changement significatif est qu’ils évoluent toujours dans le même espace de pensée fermé sur lui-même. Pourtant, pour chaque grande question économique, sociale ou politique, il y a presque toujours des idées et des solutions réellement novatrices. Seulement, elle sont généralement écartées et taxées de « folles » parce qu’elles ne correspondent pas aux paradigmes de pensée en place.

C’est précisément cette forme de folie que nous défendons méthodiquement. Parce que nous sommes conscients que c’est souvent en inversant totalement les données d’un problème que l’on peut entrevoir de nouvelles vérités, nous prenons un certain nombre de débats-clés dans le domaine de la culture, de la philosophie et des sciences, et poussons à bout leurs contradictions, jusqu’au moment où ce renversement de perspective peut se produire. C’est, à notre sens, l’une des meilleures façons de montrer qu’il y a d’autres voies possibles. Un ailleurs...



CITATION

« le sage se réfugie dans les livres des anciens et n’y apprend que de froides abstractions ; le fou, en abordant les réalités et les périls, acquiert à mon avis le vrai bon sens. »

Erasme, Eloge à la folie


 

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clovis simard 22/10/2012 22:17


Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.21- THÉORÈME des POUVOIRS. - Le pouvoir une folie ?