Le cancer vu par la sociobiologie

Publié le par Edysseus

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LES TAUX DE SUICIDE

Tout d’abord, commençons par présenter deux tableaux sur les taux de suicides et les taux de cancers dans le monde.


Tableau 1 : comparaison des taux de suicides et des taux de cancers dans le monde en 2000


 

TAUX DE SUICIDES

MORTALITÉ DUE AU CANCER

Rang

Pays

Taux*

Pays

Taux**

H

F

1

Lituanie

44,1

Hongrie

272,2

138,4

2

Russie

40,1

Russie

237,1

107,6

3

Lettonie

37

Lettonie

224

107,6

4

Biélorussie

34,9

République tchèque

229,3

124,7

5

Hongrie

31,6

Slovaquie

218,1

103,5

6

Kazakhstan

30

Croatie

212

98,7

7

Ukraine

29,6

Kazakhstan

207,6

102,9

8

Estonie

27,5

Pologne

204,9

107,6

9

Japon

25,1

Estonie

206,2

102,8

10

Finlande

23,8

Lituanie

203,7

101


 

* Nombre de décès annuels dus au suicide pour 100 000 habitants. Chiffres publiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

** Nombre de décès annuels dus au cancer pour 100 000 habitants. Chiffres publiés par l’American Federation of Cancer.

Comme on le voit, ces statistiques ont un nombre frappant de points communs. Tout d’abord, il n’y a pas moins de six pays qui apparaissent dans les deux tableaux : la Hongrie, la Russie, la Lituanie, la Lettonie, le Kazakhstan et l’Estonie. Ensuite, les taux de suicides et les taux les plus élevés de morts par cancers se retrouvent systématiquement dans d’ex-pays communistes.

Officiellement, la médecine explique les taux élevés de cancer dans ces pays par la faiblesse de l’hygiène et du système de santé, mais, en réalité, cette explication ne peut pas tenir. Il y a, en effet, des pays où l’hygiène et les moyens médicaux sont beaucoup plus faibles que dans les pays d’Europe de l’Est (comme le Mexique ou l’Inde), mais où les gens développent beaucoup moins de cancers (le Mexique, par exemple, a un taux de mortalité due au cancer de 85 en 2000, contre 156 pour les Etats-Unis la même année, soit presque deux fois moins).

Par contre, si on compare les taux de suicides aux taux de mortalité due au cancer, on se rend compte d’une correspondance évidente, ce qui est la preuve que la vraie cause du cancer est à chercher ailleurs, à un niveau psychologique et sociologique.


Le cas des pays de l’Est : désespoir social et mauvaise santé


Les pays d’Europe de l’Est ont vécu des décennies dans l’attente d’un nouvel âge d’or de l’humanité. Des générations entières se sont totalement identifiées à cet idéal politique. Quand tout ce système s’est effondré, ces gens ont perdu ce qui donnait un sens à leur existence.

Bien sûr, il existe beaucoup d’autres raisons qui expliquent la morbidité qui frappe actuellement les pays de cette région du monde, mais, en dehors de tout autre facteur, c’est celui-là qui est le plus important : ces populations ont vécu un demi-siècle dans un espoir immense, et elles vivent à présent dans un désespoir tout aussi immense.

Il est vrai que la transition vers le modèle capitaliste est en train de se réaliser dans la plupart de ces pays, mais dans des conditions telles que cette révolution ne fait qu’accentuer encore le désespoir de tous ces gens. Chômage, corruption, criminalité galopante, et plus aucune valeur à laquelle se raccrocher, à part la recherche du profit à tout prix.

A l’heure actuelle, toutes ces populations sont en train de vivre le type de conflit le plus profond et le plus difficile à surmonter : celui qui porte sur le sens même de l’existence. Et comme les raisons de ne plus vivre tendent à l’emporter largement sur celles de continuer à le faire, cela se traduit par un taux record de suicide, et par un taux proportionnellement équivalent de morts dues au cancer.

Inversement, si l’on prend des pays où la vie sociale est très active, comme la plupart des pays d’Amérique du Sud, on voit que des taux de suicides très bas correspondent à des taux de mortalité due au cancer tout aussi bas (Venezuela : taux de suicides de 5,1 correspondant à un taux de cancers de 104,3 ; Chili : taux de suicides de 3,5 correspondant à un taux de cancers de seulement 97,7).


Correspondance des types de conflits et des taux de cancers nationaux


Si la théorie selon laquelle ce sont certains produits nuisibles qui provoquent le cancer était vraie, il faudrait que les gens d’un même milieu développent globalement les même types de cancers. Dans les sociétés industrialisées, en particulier, la plupart des produits de consommation étant fabriqués en masse, on devrait assister à un phénomène d’uniformisation de la maladie.

Or, c’est tout le contraire qui se passe. En étudiant la répartition des différents types de cancers selon les pays, on se rend compte qu’il s’agit d’une maladie extrêmement « spécialisée », puisque, d’un pays à l’autre, il n’est pas rare que les chiffres d’un type précis de cancer triplent, voire quadruplent.

Prenons, par exemple, le cas du cancer de l’estomac. Si l’on étudie les chiffres de 2000, on voit que, pour les Etats-Unis, le taux de décès dus à ce type de cancer est de 4,5 pour les hommes, et de 2,3 pour les femmes, ce qui représente un taux très bas. En revanche, dans un pays comme le Japon, ce même taux est de 31,2 pour les hommes et de 13,8 pour les femmes, soit en moyenne près de sept fois plus de décès dus au cancer de l’estomac au Japon qu’aux Etats-Unis.

Selon la médecine institutionnelle, le cancer de l’estomac est principalement provoqué par la consommation de certains produits (l’alcool), ou par la préparation inadéquate de ces produits (faire trop griller les aliments, etc.). Pourtant, si on compare les habitudes alimentaires des Japonais et celles des Américains, on se rend compte que ce sont — et de loin — les Américains qui ont les moins saines. Alors, comment expliquer qu’il n’y ait pas loin de sept fois plus de Japonais que d’Américains qui contractent des cancers de l’estomac, et en meurent ?

En fait, ce décalage devient parfaitement compréhensible dès qu’on met en rapport les catégories de cancers et les catégories de conflits psychobiologiques. Les Etats-Unis sont une société libérale, centrée sur l’individu ; le Japon, en revanche, a une culture basée sur une hiérarchie sociale très rigide. Contrairement aux Américains, les Japonais ont donc une forte tendance à refouler leurs sentiments personnels et à les faire passer après l’intérêt collectif (celui de la famille, de l’entreprise, de la nation). Et ils développent en priorité des conflits psychologiques plus ou moins insolubles centrés sur l’appareil digestif. C’est cela, et non le fait que les Japonais mangent plus de nourriture crue ou utilisent des condiments spéciaux, qui explique qu’ils meurent si nombreux de ce type de cancer.

En revanche, si l’on considère les cancers liés à l’appareil sexuel (prostate, ovaires, utérus), on se rend compte que les décès dus à ce type de cancer sont très faibles au Japon (5,5 pour les cancers de la prostate chez les hommes, 2,1 en moyenne pour les cancers de l’utérus chez les femmes), mais qu’ils explosent littéralement dans les pays scandinaves, notamment chez les hommes avec les cancers de la prostate, comme l’indique le tableau ci-dessous :


Tableau 2 : taux de mortalité due au cancer de la prostate dans le monde pour 100 000 habitants


Rang

Pays

Taux

1

Trinité-et-Tobago

32,3

2

Suède

27,3

3

Norvège

26,8

4

Danemark

23,1

5

Cuba

22,1

6

Irlande

21,6

7

Nouvelle-Zélande

21,2

8

Pays-Bas

20

9

Chili

19,9

10

France

19,2

11

Finlande

19,1

12

Autriche

18,9

 

Source : American Society of Cancer, 2000.
 

Comme on le voit, ce type de cancer se concentre dans une région bien précise du monde, qui est celle des pays nordiques. Cela vient du fait que ce sont ces pays qui ont le plus profondément vécu la fameuse vague de « l’amour libre », et que la révolution sexuelle a provoqué une multiplication des conflits de cet ordre. Il s’agit en outre de pays à forte culture patriarcale et familiale, où la sexualité joue un rôle important dans la façon dont l’homme perçoit sa propre identité. Rien d’étonnant, à partir de là, que les hommes développent tant de cancers de la prostate, notamment à un âge où les performances sexuelles baissent (peur de l’impuissance) et où leurs enfants deviennent sexuellement matures, ce qui provoque des conflits psychobiologiques (exemple-type de conflit à coloration sexuelle à l’origine du cancer de la prostate : un père est profondément choqué en apprenant que son fils est homosexuel et qu’il ne lui fera pas de petits-enfants).

On remarquera à ce propos que la raison pour laquelle il y a tellement de cancers de l’estomac au Japon est également celle pour laquelle il y a si peu de cancers de la prostate : contrairement à la Scandinavie, où la sexualité tend à générer des conflits affectifs très importants, les comportements sexuels sont extrêmement codifiés au Japon, ce qui a tendance à minimiser leur portée.

De plus, par opposition à l’Occident, où les conflits sont généralement ressentis à un niveau personnel ou familial, ceux qui touchent les Japonais agissent à un niveau beaucoup plus général, qui intègre la collectivité. Ainsi, si on reprend l’exemple du fils qui annonce qu’il est homosexuel, la réaction du père japonais portera sans doute moins sur le problème de la sexualité proprement dite (« Mon Dieu, mon fils est homosexuel ! ») que sur le problème de l’image sociale. A l’annonce d’une telle nouvelle, son ressenti sera plutôt du type : « Mon Dieu ! Mon fils va déshonorer la famille, je ne pourrai jamais le digérer ! ».

La compréhension de l’existence étant largement filtrée par les habitudes culturelles, cela explique que la même situation puisse, selon les sociétés, aboutir à déclencher un cancer totalement différent. C’est ce qui explique aussi que, lorsqu’on étudie les taux de cancers des Japonais émigrés à Hawaii, aux Etats-Unis, on constate qu’ils développent quatre fois moins de cancers de l’estomac ( Chiffres tirés de l’Epidémiologie des cancers, étude réalisée par le Dr M. Velten et le Pr. Schaffer, et disponible sur le site de la faculté de médecine de Strasbourg. Le tableau qui suit est également extrait de cette étude. )

Ayant intériorisé les valeurs de la culture du pays où ils ont émigré, ils tendent naturellement à ressentir des conflits psychobiologiques en relation avec la société où ils vivent.


Les variations des taux de cancers selon les communautés


Evidemment, cette logique s’applique à l’étude comparée de la maladie selon les pays, mais elle s’applique aussi aux populations spécifiques et aux ethnies. Le département d’épidémiologie de l’Ecole nationale de santé publique de Rio de Janeiro, au Brésil, a mené une étude sur les cancers du sein chez les femmes des communautés juives. Les femmes appartenant à ces communautés, en effet, montraient un taux plus élevé de cancers du sein et des ovaires. Partant du principe que la cause devait forcément être physique, les chercheurs en ont conclu qu’il existait certains germes viraux qui pouvaient expliquer ce taux plus élevé.

Toutefois, quelle est l’explication la plus logique ? Dire que les femmes juives développent plus de cancers du sein parce qu’il existe un hypothétique virus spécialisé qui frapperait exclusivement cette communauté partout où elle se trouve dans le monde ? Ou dire qu’elles développent plus de cancers parce qu’elles vivent dans une culture où le rôle social de la mère est central, et où l’attachement à l’enfant est particulièrement fort ? On voit bien que la deuxième explication est la seule cohérente, ce qui n’empêche pourtant pas beaucoup de scientifiques de continuer à tout vouloir ramener au corps, sans jamais prendre l’esprit en considération.

Pourtant, il suffit de pousser la logique jusqu’au bout pour voir à quel point le rejet systématique du psychisme finit par être absurde. Depuis 1966, des spécialistes de la cancérologie mondiale ont publié plusieurs tomes d’un ouvrage intitulé Cancer Incidence in Five Continents (« la fréquence du cancer dans les cinq continents »). Nous reproduisons ici un tableau tiré du troisième volume de cet ouvrage, qui compare les taux de cancers dans les communautés où ils sont le moins et le plus élevés au monde.


Tableau 3 : comparaison des taux d’incidence du cancer selon les régions et les villes du monde

 

Localisation du cancer

Taux le plus élevé Taux le plus bas Facteur
HOMMES

Estomac

Japon

95,5

Inde (Barshi)

0,8

x 119

Côlon-Rectum

Haut-Rhin (France)

49,9

Inde (Barshi)

3,3

x 15

Larynx

Pays basque

18,8

Equateur

1,5

x 12

Poumon

Los Angeles

101,5

Inde (Barshi)

1,5

x 68

Prostate

USA (Noirs d’Atlanta)

142,3

Vietnam ( Hanoi)

1,6

x 95

Tous cancers

San Francisco (Noirs)

465,4

Inde (Barshi)

50,4

x 9

 
FEMMES

Col de l’utérus

Belém (Brésil)

64,8

Israël (non Juives)

3,0

x 22

Corps de l’utérus

Canada (Yukon)

20,3

Inde

1,2

x 17

Sein

Los Angeles (Blanches)

103,8

Corée

7,1

x 15

Tous cancers

Nouvelle-Zélande (Maoris)

339,7

Inde (Barshi)

53,9

x 6


 

Source : Cancer Incidence on Five Continents : comparaison des taux d’incidence (taux standardisés) des cancers les plus fréquents (taux pour 100 000), 1988-92.


Ces statistiques montrent que l’un des endroits où il y a le moins de cancers au monde est Barshi, petite ville d’Inde située à 300 km à l’est de Bombay. De façon générale, l’Inde est un pays où il y un faible taux de cancer, surtout comparé au pays occidentaux.

Or, il s’agit d’un des pays les plus pauvres du monde, totalement sous-médicalisé, où les conditions d’hygiène sont catastrophiques, et où une partie importante de la population vit dans des mégalopoles surpolluées comme Delhi, Bombay et Calcutta, sans accès régulier aux soins et à l’eau potable. Pourtant, les taux de certains cancers y sont plusieurs dizaines de fois moins importants qu’au Japon, aux Etats-Unis ou en France.

Certes, une partie des décalages sont dus au manque de dépistage du cancer en Inde, comme dans la plupart des pays en développement. Néanmoins cela n’explique pas tout. Et puisque ces disparités ne peuvent être rapportées à des facteurs environnementaux, elles doivent l’être à des facteurs psychologiques et culturels. De façon générale, la vie sociale en Inde est extrêmement indolente, et le touriste occidental est souvent frappé par cette sorte d’indifférence et de détachement dont les Hindous semblent faire preuve. L’Inde, en effet, vit selon un système philoso-phique spiritualiste vieux de plusieurs millénaires, très profondément implanté dans la conscience collective. Et même si ce système a pour désavantage d’encourager un fort fatalisme (la théorie de la réincarnation étant censée justifier le système des castes), il a pour effet positif de réduire drastiquement les conflits. Pour les Hindous, la vie sur cette Terre n’est qu’un court passage, ce qui les amène à relativiser énormément les événements de la vie. La mort n’étant pas ressentie comme quelque chose de tragique, le niveau général de stress social est incomparablement beaucoup plus bas que dans les pays occidentaux.

Précisons bien, encore, une fois, que le but n’est pas ici de dire que TOUT se rapporte au psychisme et au conditionnement culturel. Il est bien évident que l’environnement matériel joue un rôle considérable dans la façon dont la maladie va apparaître et évoluer. Toutefois, à travers cette étude, notre but est de mettre ne lumière un nouveau point de vue, afin de démontrer qu’un approche strictement matérialiste du cancer finit par générer de telles contradictions qu’elle en devient injustifiable.




 

En résumé, « l’équation explicative » actuelle du cancer se présente sous la forme 

ENVIRONNEMENT PHYSIQUE + GENETIQUE = CANCER

Alors qu'elle devrait plutôt ressembler à cela :

ENVIRONNEMENT PHYSIQUE + GENETIQUE + ENVIRONNEMENT SOCIAL + PSYCHISME = CANCER


 

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