Détruire la planète et mourir le plus riche du cimetière

Publié le par Richard Sünder

Détruire la Planète
et mourir
le plus riche du cimetière


par Richard Sünder


Les coïncidences accidentelles ! C’était le thème proposé pour le numéro 35 de Pan, la revue de pansémiotique (www.pansemiotique.com). Histoire de montrer que, si aléatoires fussent-elles, elles étaient nécessaires. L’ayant constaté tant de fois, dans l’organisation logique évidente mais involontaire de la revue, je n’avais pas l’intention de m’en soucier davantage. Le hasard s’en chargerait pour moi.

Ça n’avait pas tardé. Je préparais un article sur la cosmologie, la relation de la physique et de la métaphysique et le sens du Monde, quand je reçois l’article de Boris Sirbey. Titre : La Métaphysique des séries…

Tiens ! je ne savais pas qu’il pouvait y avoir une chose aussi étrange que la métaphysique dans les séries ! D’autant que je n’avais aucune idée des séries dont il pouvait s’agir. Suite de nombres ou expressions mathématiques, chères à Daniel Daligand, série convergente, divergente, transformation en série de Fourier, série de timbres, de volumes, de billard ? Voire soldes de fin de séries — mais c’était un peu tôt. Je n’y étais pas.

Il s’agissait des séries de télévision !

Comment, diable, ces séries pouvaient-elles avoir une métaphysique ?

C’est l’instant que choisit ma voisine — une charmante Antillaise, qui sait pourtant que je n’ouvre jamais ma porte à quelqu’un qui n’a pas annoncé sa visite — pour sonner. Je ne sais pourquoi, mais j’ouvre.
« Je ne vous avais pas vu depuis longtemps », me dit-elle comme si le sens sous-entendu de sa phrase allait de soi. Une autre voisine était morte de la canicule il y a quelques années. Mais, en novembre, la canicule est rare.
« Vous pensiez donc que j’étais au cimetière. J’y suis allé, en effet, mais il n’y avait plus de place ! »

UNION EUROPÉENNE : HYMNE À LA JOIE OU DANSE MACABRE

Riant, elle regagne son appartement au bout du couloir. Elle m’avait donc cru mort. Je referme ma porte, sur l’étrange impression d’avoir pris un coup de vieux.



l’Hymne européen : la danse macabre

Je me replonge dans l’article de Boris, non sans m’interroger sur le sens de cette interruption macabre. Parbleu ! Mais il est là, dans le texte. Eh oui, le monde moderne, libéral et mondialisé, bref l’industrialisation à outrance, le réchauffement de l’Enfer et la surirradiation à en crever, c’est le système même de destruction de la planète à vitesse exponentielle. C’est l’évidence depuis quarante ans. Mais il a fallu attendre 2007 pour qu’on l’admette ! Ce ne sont pas les 3500 Airbus qu’EADS va livrer dans les années qui viennent, ni les deux centrales nucléaires EPR vendues à la Chine, en attendant la Lybie, qui vont améliorer les choses.

Dans ce cadre mortifère, la prospérité n’est promise qu’aux méritants, donc aux compétitifs — ceux qui ont un si lourd conflit de dévalorisation que, faits de toc et frappés de tics, ils ont un besoin de revanche délirant, ceux qui, dès la petite enfance, décrochent la croix d’honneur, plus tard les stock-options, ou le bail à l’Élysée — en attendant l’anéantissement final. Eh oui, le seul but, la seule finalité du système est de « mourir le plus riche du cimetière » — comme dit Boris Sirbey, avec l’humour grinçant et noir de la Danse macabre de Saint-Saëns, hymne de l’internationale mondialisante. Car c’est bien là le seul moyen de donner, non pas cinq, non pas quatre, non pas deux mais un seul et faux sens au Néant éternel qui nous attendrait après la mort — croyance dominante de l’Occident civilisé.



Alors on l’accélère dans l’espoir de voir sa binette dans les magazines Fortune ou Time. Et on fait tout, tel un gosse branché — idoles Johnny Hallyday et Elvis Priesley, le top niveau intellectuel, pas vrai ? —, pour occuper tous les écrans de télé possibles, sans voir que ça finira par exaspérer. Donc, pour que le symbole représente exactement la réalité, je suggère qu’on remplace l’hymne européen, l’Hymne à la joie de Beethoven, par l’Hymne à la mort de Saint-Saëns : La Danse macabre.

Voici que Boris estime que les séries TV — longtemps passées pour « un genre mineur » — sont devenues le lieu où se joue « l’avenir même de l’intelligence humaine ». Rien que ça ! L’énormité du paradoxe laisse pantois ! L’instrument même d’abrutissement des masses sauverait l’intelligence humaine ! Pantalonnade… Mais Boris s’explique. Plusieurs auteurs de ces séries, comme Sam Mendes, en ont fait le dernier refuge de la transcendance. La télévision serait-elle en train de réaliser la prédiction d’André Malraux : le Troisième millénaire sera religieux ou ne sera pas ?

Mais, ce qui me frappe, dans l’article de Boris, c’est que Charles Nodier, en 1830, année de la révolution et de la chute de Charles X, presque un siècle avant l’invention de la télévision (le premier brevet de télévision « tout électronique » date de 1923), voit un effet de vases communicants entre la perte d’âme — donc de sens — de la civilisation mécanique et l’émergence du fantastique dans la littérature. Ce n’est pas encore le besoin contemporain d’« une fuite schizophrénique de la réalité », comme dit Boris Sirbey. Mais c’en est le prélude.

Le paradoxe, c’est que, en devenant un moyen de communication de masse, la télévision — à l’origine réservée à l’élite de ceux qui avaient les moyens de s’offrir un récepteur est d’abord devenue un instrument de contrôle de l’information — c’est la grande époque de l’ORTF (Office de radio-télévision française) qui court des années soixante aux années quatre-vingts —, puis un instrument d’abrutissement des masses à partir de la fin des années quatre-vingts — c’est en 1987 que Bouyghes achète TF1 pour 3 milliards de francs. Cependant que des centaines de chaînes privées sont bientôt créées mais, pour les regarder, il faut payer des suppléments.

Jusqu’à ces dernières années, en fait de libération de la conscience, de l’individu et de l’être, la télévision, comme toute la technologie moderne, n’a guère servi qu’à emprisonner toujours davantage la conscience et l’être dans le bagne sans issue du circuit de la société de consommation qui fait de la planète la fosse à purin de la société de défécation. C’est là la loi de la Relativité absolue : plus la quantité d’information diffusée tend vers l’infini, plus la qualité de l’information tend vers zéro. Plus le développement des moyens de communication tend vers l’infini, plus la communication effective tend vers zéro. Plus l’audience tend vers l’infini, plus la qualité des programmes tend vers zéro.

LIBERTÉ ENTIÈREMENT SURVEILLÉE

À l’origine du développement d’internet — moyen de communication au début réservé à ceux qui ont les moyens financiers de se connecter — l’usager peut s’adresser directement, par email, au PDG de son fournisseur d’accès. Par exemple, au début des années 2000, ma communication par internet, via mon fournisseur d’accès Noos, est coupée durant 25 jours. J’envoie un email au PDG —j’ai son adresse — et son service de communication m’offre en dédommagement deux mois d’abonnement gratuit. En 2007, je n’ai plus de communication internet, via mon fournisseur d’accès Noos numéricâble, quatre mois durant. Je n’ai plus aucune communication, ni par email, ni par téléphone avec mon FAI. La communication par email, automatique, n’aboutit à rien, sauf pour l’envoi et le paiement des factures. La communication par téléphone est payante — temps d’attente aussi — et ne fonctionne gratuitement que pour souscrire de nouveaux contrats. Quant aux pseudotechniciens, ils n’y connaissent strictement rien et ne sont là que pour vous garder le plus longtemps possible au téléphone, pour lequel vous banquez ! Au bout d’une demi-heure, ils vous raccrochent au nez.

Même chose pour l’automobile. En 1936, inauguration des premiers congés payés, peu de gens peuvent s’en offrir une. Mirobolante, féerique, l’automobile est à l’évidence le moyen même de la liberté, celle de l’individu, libre, comme un dieu, d’aller où il veut, de se mettre en route et de s’arrêter quand il le souhaite. Se mouvoir par soi-même — c’est être automobile — et à une vitesse toujours accélérée — 1 km/heure puis 4 pour le fardier de Cugnot, en 1769, sous Louis XV, 20 km/h, puis 40 pour les premières voitures, 180 à 200 km/heure pour la plupart des voitures moyennes aujourd’hui.

En 2006, soixante-dix ans plus tard, en Occident, presque tout le monde a une voiture et beaucoup en ont deux ou plus. Résultat : on ne peut plus rouler. Les autoroutes se sont multipliées, il faut payer pour les utiliser. Les radars sont aussi en progression exponentielle, il y en aura bientôt partout. Tous les parkings sont payants. Le carburant aussi, dont le prix ne cesse de croître. Dans trente ans, il n’y en aura plus. La pollution est générale et, tandis qu’EADS va  produire 3500 Airbus, la ministresse de l’économie et des Finances, Lagarde, nous dit de prendre la bicyclette. Mais elle, la prend-elle ?

LE DIABLE ET L’APOCALYPSE

Bref, le moyen qu’on croyait absolu de la liberté n’est pas seulement devenu quasiment une voiture cellulaire sous contrôle policier, dont le chauffeur est ceinturé, ligoté et muselé, traquée par les radars, bientôt par le GPS, cernée par les panneaux d’interdits et de limitation de vitesse, suivie, surveillée, contrôlée par la gendarmerie et la police routière. Mieux encore, l’automobile risque à échéance de disparaître faute de pétrole pour rouler. Le moyen même de la liberté est devenu l’instrument même de l’aliénation et de l’emprisonnement : l'espace même, sous écran de contrôle policier et surveillance par satellite GPS, est devenu une prison virtuelle.


Il en va de même pour la télévision, l’ordinateur, le téléphone mobile, qui sont tous aux mains de transnationales de l’entente illicite et du vol organisé. En fait de liberté tous ces instruments qui devaient nous la donner se referment sur nous comme les murs d’un bagne : nous sommes en liberté totalement surveillée. Soudain, l’évidence de la Genèse est là : la pomme de l’Eden — celle d’Apple, des mobiles, de la voiture — nous la mangeons chaque jour. Le Paradis promis, sur la planète — les publicités de la télévision nous montrent et nous promettent à longueur d’année la féerie de l’Eden —, vient, à s’y méprendre, de s’inverser en l’Enfer.

Au moment même où le philosophe René Girard, auteur de Achever Clausewitz, rappelle — sur France-info, le 27 septembre 2007 — que l’Église catholique a cessé d’évoquer l’Apocalypse en 1946, peu après les explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, pour ne pas effrayer les fidèles. René Girard dit, dans son ouvrage, que l’industrie des hommes aiderait à accélérer l’Apocalypse de Dieu. Idée qui mériterait d’être éclairée.

La science et la raison ne nous ont pas libérés de la servitude et de la superstition. Elles ont fait de nous les esclaves du système d’enfermement dans notre propre aliénation. L’île du Diable ! D’ailleurs, comme les bagnards et les déportés, nous sommes tous immatriculés par un numéro de SS. Sans même parler de la puce électronique qu’on finira par nous mettre sous la peau !Marcel Pagnol, dans La Femme du boulanger, fait dire à l’instituteur, qui répond au curé, que l’Enfer, c’est la Terre. Et René Clair, dans La Beauté du diable, montre Michel Simon —modeste subalterne du grand Lucifer : « Je ne suis qu’un démon de deuxième classe ! » dit-il en l’invoquant, après avoir pris les traits du professeur Faust — éclatant de rire, lorsqu’il voit la représentation ridicule que les hommes se font de l’Enfer, sans même comprendre qu’ils sont le Diable — la division de Dieu —, au point d’imaginer quelque chose d’aussi dérisoire que des démons à queue fourchue et trident, attisant le feu des Enfers. Certes la fourche est le symbole de la division, mais tout de même ! Dans Faust, l’inversion est claire, le Monde des hommes, satanique, est le terme de la chute de Lucifer, l’Ange de lumière, dans la matière des Enfers. L’Enfer, c’est les autres, dit Sartre. Donc Sartre est le Diable, comme Faust, en tout cas un fragment, comme les autres.

LE FEU DU CIEL DESCENDU SUR LA TERRE

Quant aux croyances — les idées reçues de la pensée unique — de la masse, des rectifications s’imposent. L’idée — répandue, des années durant, à la télévision par François de Closets et ses confrères journalistes soi-disant scientifiques et dépourvus de tout esprit critique — que nous sommes totalement déterminés par nos gènes, par exemple, n’est rien qu’une ineptie. Ainsi les atrophies fronto-limbiques des jeunes — aussi bien des hommes que des macaques — provoquées par la mort de l’un ou l’autre des parents ou des deux, c’est-à-dire par des chocs psychologiques vitaux, se réparent-elles d’elles-mêmes dès que les jeunes retrouvent un environnement affectif réconfortant ou un substitut des parents. Cela a été expliqué par Boris Cyrulnik dans l’article Le Chameau qui pleure.

Curieusement, c’est en 1818, que Mary Shelley publie son célèbre Frankenstein, où elle raconte comment le médecin crée un homme en utilisant l’énergie divine — le « feu du ciel » de l’Apocalypse de Jean, qui fait penser à l’énergie nucléaire, puisque le feu du ciel est le soleil qui est précisément une gigantesque réaction nucléaire en chaîne. D’où l’assimilation de Frankenstein — c’est le nom du médecin — à Prométhée, voire à Sisyphe qui sont réputés avoir dérobé le secret des dieux pour le livrer aux hommes. L’auteur romain Pline l’Ancien (23-79) considérait l’utilisation du feu sacré — le feu de Dieu, donc du soleil — comme un sacrilège aux conséquences terribles.

Ainsi Frankenstein incarne-t-il la toute-puissance de la science qui détourne la puissance divine. Non sans avoir eu deux ou trois prédécesseurs, Sisyphe et Prométhée dans la mythologie grecque, Lucifer dans la mythologie chrétienne. Mais, si la puissance divine est dialectique, la science de l’homme ne l’est pas. Celle-ci exclut la subjectivité et la Métaphysique. Comme il est écrit dans l’Apocalypse de Jean : « Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête, portant deux cornes comme une agneau, mais parlant comme un dragon. Au service de la première Bête, elle en établit partout l’empire, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie. Elle accomplit des prodiges étonnants : jusqu’à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre […]. »


Le feu du ciel sur la Terre, c’est le feu du soleil, donc le feu nucléaire, qui a bien été lâché sur la Terre, en 1945, à Hiroshima et Nagasaki. Il est alors frappant que des auteurs inspirés par l’inconscient collectif puissent écrire un mythe que le réel réalisera. Ce qui prouve l’existence, au sein même de notre Monde, du surréel — primo, le maillage vidéonique — corpusculaire discontinu —, qui reconstitue, sous forme finie, l’Arithmétique originelle, le couple métaphysique absolu de l’Être et du Néant, comme le constituant le plus élémentaire du Cosmos physique et, secundo, le maillage des ondes électromagnétiques — ondulatoire continu —, qui est la superstructure de l’Arithmétique, donc des vidéons et des antividéons en Analyse des fonctions d’ondes, donc en mathématique complexe.

LE TISSU MÊME DU MONDE EXCLU DE LA CONNAISSANCE

Or les deux maillages (arithmétique et fonctions d’ondes) de ce tissu sont bel et bien l’état fini de la métaphysique absolue — le couple Zéro plein-Infini vide de l’Être et du Néant —. Les deux maillages de ce tissu — en particulier vidéons et antividéons — sont l’état relatif et fini de la métaphysique absolue et infinie. Le fait que ce tissu — notamment vidéonique — soit trop fin pour être vu et qu’il échappe donc à toute expérience directe signifie clairement qu’il est la métaphysique relative et finie — donc la transcendance — au sein même du Cosmos physique fini.
Rien d’autre ne peut expliquer que les concepts métaphysiques de Zéro, d’Infini, d’infinité des nombres de l’Arithmétique et l’idée même de Métaphysique existent dans notre Monde. Il n’y a là, d’ailleurs, rien que de logique, puisque les deux thèses — contradictoires — sur l’origine de notre Cosmos physique sont précisément le Zéro plein de Robertson et de Walker et l’Infini vide qui est le Vide quantique des physiciens quantiques.

C’est ce tissu métaphysique relatif et fini que l’on appelle l’Esprit saint, l’Inconscient collectif. C’est ce tissu — qui ignore notre temps physique, parce qu’il peut aussi bien le descendre que le remonter à des vitesses fantastiques — auquel on attribue des propriétés féeriques, miraculeuses, angéliques ou diaboliques. C’est ce tissu qui a inspiré les prophètes, les poètes, les conteurs et les fées. C’est ce tissu qui est à l’origine de la Mythologie et de tous les mythes.

C’est, bien entendu, ce tissu, qui est le fondement même du Monde, que Kant a exclu de la connaissance scientifique. C’est ce tissu mythique et mythologique, qui est le fondement, le centre, le fil de chaîne et le fil de trame et les confins du métier à tisser cosmique, que la science et les rationalistes aveugles ont cherché à éliminer, sans même se poser la question de savoir comment le concept même de Métaphysique pouvait exister dans le Cosmos d’où ils prétendaient l’éliminer.
Boris souligne qu’en éliminant le mythe et la Mythologie — donc le délire — on a vidé le Monde de son contenu, en faisant une coquille vide. Déjà, dans les années soixante, dans son excellent et très remarquable ouvrage, Le Geste et la Parole (tome 2, Albin Michel, 1962) l’anthropologue André Leroi-Gourhan regrettait « l’appauvrissement des moyens d’expression irrationnelle » causé par l’excès du rationalisme. Il y montrait que l’écriture linéaire rationnelle s’est développée au moment de l’émergence de l’agriculture — ce qui correspond dans le modèle à la réflexion des ondes électromagnétiques incidentes. Lesquelles, retournées sur elles-mêmes par les parois cristallisées de l’Anti-univers, sont inversées en ondes réfléchies qui se vissent dans les incidentes. Tout comme l’aller et retour de la charrue dans le champ implique l’alternance de sillons incidents et de sillons réfléchis.

LE BESOIN DU SENS, D’OÙ VIENT-IL ?

La réflexion est le principe même du miroir et de la rationalisation. Mais l’écriture linéaire rationnelle a fini par éliminer l’écriture foisonnante irrationnelle ou mythique qu’il compare aux épines divergentes de l’oursin. Ce qui, dans le modèle, correspond à l’expansion divergente des ondes électromagnétiques incidentes et non réfléchies. Mais, sitôt qu’elles sont réfléchies, les réfléchies se vissant dans les incidentes, l’expansion divergente s’inverse en contraction convergente. La réflexion est provoquée par le barrage et l’opposition des parois cristallisées de l’Anti-univers, symbolique de l’interdit de Kant — analogue à celui de la Genèse —, qui exclut la connaissance métaphysique.

Quelle est l’origine de ce besoin de sens ?

Jacques Monod, dans son ouvrage, Le Hasard et la Nécessité (Le Seuil, 1971), se défend de prétendre exposer une théorie de la sélection des idées. Puis, aussitôt après, il écrit : « […] on voit bien que les idées douées du plus haut pouvoir d’invasion sont celles qui expliquent l’homme en lui assignant sa place dans une destinée immanente, au sein de laquelle se dissout son angoisse ». Telle est, selon lui, la raison pour laquelle les idées religieuses se seraient imposées aux hommes.



Jacques Monod ne semble pas avoir vu que non seulement les religions ne dissolvent en rien l’angoisse de la mort — qui est le fondement essentiel et métaphysique de toutes les autres — mais encore qu’elles promettent aux Enfers leurs fidèles infidèles. En ce sens, elles sont également un instrument de terreur, d’emprisonnement et d’aliénation. Il ne voit pas davantage que toutes les activités aussi bien animales qu’humaines ont bel et bien un sens. Et un sens évident ! Boire quand on a soif, manger quand on a faim, dormir quand on est épuisé, se mettre à l’ombre quand il y a canicule, pour éviter le cimetière, se chauffer quand il fait froid. Et même reconstruire, avant Alfred Jarry la forêt dans la plaine, sous forme de hutte pour y entretenir le feu et s’abriter des intempéries.

Le sens — c’est-à-dire trouver la direction qui permet de satisfaire un besoin — n’est pas seulement un besoin idéologique, c’est également un besoin biologique, un besoin physique, et le plus naturel des besoins naturels. Ce qui est absurde, c’est de forcer le sens au-delà du besoin, donc du nécessaire, et de pousser à tout prix la consommation pour accroître le profit qui détruit la planète et mourir le plus riche du cimetière. La finalité du Monde n’est pas d’accroître le profit — qui est le plus artificiel des besoins et nous en payons le prix macabre : l’accélération de la fin du Monde.

Jacques Monod voit bien que c’est l’angoisse qui est « créatrice de tous les mythes, de toutes les religions, de toutes les philosophies et de la science elle-même ». « Que cet impérieux besoin soit inné, inscrit quelque part dans le langage du code génétique, je n’en doute guère pour ma part » écrit-il. Mais il rejette aussitôt ce besoin, pourtant inné, d’une « histoire totale qui révèle la signification de l’Homme en lui assignant dans les plans de la nature une place nécessaire ». Pour y substituer « la connaissance objective comme seule source de vérité authentique » !

MONOD UN SEUL HÉMISPHÈRE DANS LE CERVEAU

Accoler l’épithète d’authentique à la vérité est assez étonnant : existerait-il une vérité qui ne soit pas authentique ? L’important est qu’alors Jacques Monod élimine toute mythologie, toute intuition et tout délire, comme si l’inconscient n’existait pas. Or le simple fait que la mémoire existe et permette de se remémorer des faits oubliés est la preuve irréfutable que l’inconscient existe. Eh oui, puisqu’on n’est plus conscient de ce qu’on a oublié. Comme on n’a trouvé nulle part — et surtout pas dans le cerveau — la trace de la mémoire ancienne, donc inconsciente — la mémoire inactive (ROM dans l’ordinateur) et non pas la pensée présente, active (RAM dans l’ordinateur), laquelle est bien dans le cerveau, tout comme la mémoire vive active est sur l’écran de l’ordinateur — l’inconscient relève donc bien de la métaphysique. À moins qu’il ne soit, lui aussi, codé par les gènes, ce dont on me permettra de douter.

Il n’y a dans le cerveau, comme sur l’écran de l’ordinateur, que la mémoire active, actuellement présente. Il n’y a pas plus de mémoire de bibliothèque, archivée, donc inactive dans le cerveau que dans la partie du disque de l’ordinateur consacrée au système.

Publié dans COIN PHILO

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