Détruire la planète et mourir le plus riche du cimetière 2

Publié le par Daval

HISTOIRE TOTALITAIRE PLUTÔT QU’HISTOIRE TOTALE

À cette Histoire totale, Jacques Monod substitue donc l'Histoire partielle, donc totalitaire : la vérité scientifique — dont on a vu qu'elle n’était, bien souvent — notamment en médecine mais souvent même en physique et en biologie — qu’une suite d’erreurs, de préjugés et d’absurdités, parfois ridicules — c’est-à-dire la vérité scientifique absolue et totalitaire. L’ancienne alliance remplacée par la nouvelle et unique source de vérité : la science totalitaire, qu’il appelle la nouvelle alliance — la religion de la matière substituée à celle de l’Esprit, et dont on se demande pourquoi elle n’a pas encore décidé l’ablation ou la lobotomie de l’hémisphère droit de la subjectivité.

Voici les derniers mots de son livre : « […] l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »

Entre la science et l’obscurantisme. C’est-à-dire entre l’obscurantisme scientifique et l’obscurantisme religieux, la science — Nouvelle Alliance — étant érigée en religion.

Ce qui est comique dans cette assertion et dans la prétention de Monod à la connaissance objective est que, à 15 ans, pour se venger des rigueurs de l’éducation protestante que ses parents lui avaient imposée, il avait juré de démontrer que Dieu n’existait pas. Or c’est bien ce préjugé métaphysique qui lui a fait soutenir que toute l’information génétique était exclusivement dans l’ADN et qu’elle était à sens unique, de l’ADN vers l’ARN, jamais l’inverse. Il avait tort : le contraire fut démontré. Mais, de toute façon, c’est bien le rayonnement à haute fréquence qui faisait muter les ADN des premières cellules biologiques. C’est donc bien à ce rayonnement que l’on doit les mutations des premières cellules et la différenciation qui a permis de créer l’arborescence prodigieuse des êtres vivants.

Faute de dialectique, Monod ne fait rien que substituer l’obscurantisme matérialiste à l’obscurantisme spiritualiste. Seule la Gnose est dialectique et, de ce seul fait, capable de parvenir à la seule connaissance vraie, qui ne saurait être totalitaire.

Pour conclure, Boris indique que « la clé ultime de la structure absolue du réel réside dans le fait que, depuis l’origine, le Cosmos obéit au procédé même de la série : le cliffhanger » — littéralement ce qui est pendu, en suspens, au-dessus de la falaise. Cliffhanger désigne — comme il le rappelle — une histoire dont la fin reste ouverte avec un effet de suspens. Comme par hasard, au moment même où j’écris ces lignes, la télévision passe un film de Hitchcock… le maître du suspens. La Mort aux trousses (North by northwest) avec Cary Grant, Eva Marie Saint et James Mason, dans lequel se trouve la fameuse scène de l’aéroplane qui saupoudre d’insecticide les cultures de maïs absentes et s’écrase sur un camion-citerne.

Curieusement, la scène décisive du film, l’avant-dernière, est celle où l’on voit Eva Marie Saint (Miss Kendall) suspendue au-dessus de l’abîme du Mont Rushmore, sous les têtes sculptées dans la roche de George Washington et de Thomas Jefferson, tandis que Cary Grant (Thornhill) la retient par la main, lui-même se retenant par l’autre main au rebord du rocher, tandis que Leonard, l’acolyte de James Mason (Vandamm) lui écrase la main avec la semelle de sa chaussure.

Horrible et haletant suspens… Vont-ils choir dans le vide ?

UNE SÉRIE DE FAUX EFFETS

Non, bien sûr mais peu importe. Ce qui importe c’est que toute cette scène est simplement impossible, invraisemblable et contraire à la réalité. D’abord parce que le héros ne pourrait simplement pas rester seul suspendu par une seule main au-dessus du vide et qu’il pourrait encore moins résister au poids de l’héroïne qui s’ajoute au sien, puisqu’il la retient avec son autre main. Avant même que Leonard lui écrase la main, il devrait choir avec l’héroïne dans le vide.

Mieux encore, l’autre scène célèbre, aux Nations Unies, où Townsend tombe dans les bras de Cary Grant (Thornhill), un poignard planté dans le dos, est invraisemblable. Que Thornhill prenne le malheureux dans ses bras, passe, mais qu’en accompagnant sa chute au sol, il saisisse le poignard, alors qu’il devrait prendre la victime à bras-le-corps et des deux bras, est simplement invraisemblable. Or, quand on les examine attentivement, la plupart des films de Hitchcock reposent sur une et même plusieurs scènes totalement invraisemblables.
Reste que le cliffhanger américain est une histoire qui reste ouverte jusqu’au dernier moment. Boris a raison de souligner que la conception que l’on se fait de la nécessité et du hasard sont en général erronées. D’abord certains soutiennent qu’il n’y a pas de hasard et d’autres que tout se fait par hasard. C’est ce que disait Jacques Monod des mutations génétiques.

LE SYSTÈME LOGIQUE OUVERT ET CLOS

Selon le modèle géométrique de l’Arithmétique thermodynamique, le Cosmos — notre Monde — est le produit simultané du Zéro plein — donc de la pression infinie de la nécessité absolue — et de l’Infini vide qui est la dépression infinie du hasard absolu. Si l’on s’en tient à cela, cela signifie que le Cosmos est le produit d’un système logique — le couple Zéro-Infini — aussi absolument fermé (en Zéro) qu’absolument ouvert (en l’Infini). Par conséquent, le déroulement de l’Histoire est aussi absolument déterminé, par le Zéro, qu’il est absolument indéterminé, par l’Infini. Étant bien entendu que Zéro et Infini ne font qu’un !



Comme le Cosmos physique est bien le moyen terme ou le médiateur absolu à équidistance des deux extrêmes arithmétiques, Zéro et Infini, c’est toujours, comme le dit Boris, dans une bande très étroite — qui est le moyen terme entre les extrêmes —, et dans cette bande seulement, que peut se produire l’événement décisif qui fait qu’on passe d’un niveau d’organisation élémentaire à un niveau d’organisation complexe.

C’est ce qui arrive lorsque, entre l’Univers qui se contracte et l’Anti-univers qui se dilate, et sur toute la surface de la sphère intermédiaire qui divise le Tiers-univers en deux parties sphériques égales, apparaissent, toutes en même temps, les galaxies de matière et d’antimatière, parce que cette surface sphérique est celle où toutes les conditions sont la synthèse parfaite des conditions extrêmes.

LE RÔLE DE LA FAILLE DANS LE HASARD

Même chose pour les mutations des ADN, qui permettent de fabriquer des protéines, puis des cellules biologiques et leur évolution jusqu’à l’homme. Alors chaque nouvelle mutation semble prodigieusement aléatoire mais elle ne peut pas ne pas se produire, parce que la bande ou la porte étroite qui la permet, si étroite soit-elle, est, chaque fois, la synthèse parfaite des contraires. Le changement ne pouvait pas ne pas se produire. Et pourtant il est le fruit du hasard. D’autant que les ondes électromagnétiques vibrantes sont l’Ordonnateur de toutes les fonctions d’ondes possibles et même impossibles du Monde et qu’elles sont donc le système même du calcul des probabilités ! Ce qui réduit considérablement la durée des calculs.

Mais surtout, dès que le Cosmos physique apparaît, il est constitué par deux univers contraires, Univers et Anti-univers, mais entièrement constitués des corpuscules discontinus les plus élémentaires — les objets simples de Wittgenstein, vidéons et antividéons. Ces deux univers sont contraires, l’Univers central est le foyer hyperchaud et il rayonne des corpuscules incidents, divergents et hyperchauds. L’Anti-univers périphérique est l’optique — le miroir — hyperglaciaire qui rayonne des corpuscules réfléchis, convergents et hyperglaciaires.

Le système va-t-il se bloquer ? Le choc des deux univers contraires va-t-il provoquer l’implosion générale ? Affreux, infernal et haletant suspens !


Pas du tout ! Le cyclone ou le typhon cosmique entraîne la rotation des deux sphères en sens inverse l’une de l’autre, ce qui crée, entre elles, une gigantesque faille, celle du Tiers-univers, dans lequel les rayons linéaires de corpuscules incidents et les rayons linéaires de corpuscules réfléchis se torsadent, sous l’effet des deux rotations contraires, et se superstructurent en ondes hélicoïdales incidentes et réfléchies, synthèse ondulatoire continu de la mécanique quantique des vidéons et des antividéons. Principe même et surréalité du ruban de Möbius. . C’est bien dans la faille du Tiers-univers — cliffhanger cosmique — où les corpuscules discontinus « tombent » que les deux rotations inverses les superstructurent en hélices, donc en ondulatoire continu.

LE RÔLE DÉTERMINANT  DU DÉSIR DANS LE HASARD

Boris a donc parfaitement raison de dire qu’il s’agit bien, comme dans les séries, d’un cliffhanger. D’autant que l’émergence des Australanthropes, qui vont distinguer radicalement les futurs hommes des singes, se produit, comme par hasard, après l’effondrement de… la faille du Rift, qui sépare les primates restés en haut de ceux qui sont tombés en bas, dans ce qui va devenir une savane de hautes herbes, sans arbres et battue par les vents, où la station debout est la condition pour survivre.

Être debout permet de voir la proie autant que le prédateur. Les primates d’en bas, contraints par leur besoin de s’adapter pour survivre, vont devenir des hommes. Ceux qui sont restés en haut, dans la forêt, vont rester des singes. Il est alors clair que la faille du Rift est un cliffhanger et que l’avenir des primates qui étaient en bas — au contraire de Cary Grant —Thornhill — avaient un avenir aussi parfaitement aléatoire que parfaitement inéluctable.

L’élément souvent décisif, dont Hubert Reeves et encore moins Jacques Monod ne pipent mot, c’est le rôle essentiel du désir de s’adapter pour survivre. C’est que Reeves, comme Monod et les généticiens et la majorité des biologistes, en sont encore à la théorie de Monod, selon laquelle les mutations ne se sont produites qu’au hasard. Si c’était le cas, il n’y aurait eu aucune raison que les oiseaux développent des ailes plutôt que des nageoires et l’inverse pour les poissons.

En outre, ça n’aurait pas été déterminé dans le temps. Les poissons sortis des eaux, parce qu’ils ont développé des poumons, à côté de leurs branchies, dans une mer qui s’asséchait, parce qu’ils avaient le désir impérieux, vital, de survivre à l’asphyxie, pourraient sans doute encore attendre que le miracle se produise. Ils seraient donc morts. Et nous ne serions jamais nés.
Car le désir, c’est le moteur essentiel de l’évolution, dès que l’Ordonnateur des ondes électromagnétiques — qui ne cesse pas de produire des vibrations d’ondes, donc des fonctions d’ondes — est parvenu à se réfléchir  et à se reconstruire dans le cerveau d’êtres conscients. Là l’accélération de l’évolution est prodigieuse. Près de huit milliards d’années pour fabriquer des systèmes solaires et des cellules biologiques, et dix millions d’années pour faire évoluer les cinomorphes et fabriquer les hommes.

L’ÉVOLUTION : TOUJOURS LA SOLUTION D’UN CONFLIT

Observons alors que, si les animaux à sang chaud se sont couverts de poils, c’était bien évidemment pour résoudre leur conflit entre le besoin de chaleur interne et l’existence du froid extérieur. Ils étaient bien conscients de ce conflit puisque l’agression du froid les stressait nécessairement, ce qui n’était le cas ni des rochers ni des cailloux ni même de leurs cellules ou de leurs organes qui n’ont pas de cerveau, donc pas de conscience. Sans la conscience du froid, aucun mammifère n’aurait jamais développé de toison. L’évolution, tout au contraire de s’être faite exclusivement au hasard, comme le soutenait Jacques Monod, s’est bel et bien faite par la nécessité d’un besoin engendré par un désir conscient (en l’occurrence se protéger du froid ou du chaud, etc.), comme l’avait bien compris le chevalier de Lamarck, dès 1800 ! Plus de soixante ans avant Darwin, qui l’ignore encore ! À l’inverse, lorsque les hommes apprennent à se protéger, par l’habitat et le vêtement, des intempéries, ils résolvent le conflit et, du même coup, perdent leur toison animale.

CURIEUX HASARD QUI OBÉIT À DES LOIS !

Toutes les adaptations du corps au milieu passent nécessairement par la prise de conscience du conflit et le désir de le résoudre. Ces adaptations sont bel et bien — comme les « maladits » — des modifications biologiques qui sont régies par la même syntaxe que celle du langage.

La deuxième évidence est que ces modifications ne peuvent pas être le produit exclusif du hasard. Croire que ces modifications puissent se produire exclusivement au hasard, comme l’affirmait Jacques Monod, équivaut à tenter de rendre compte des faits par un conte de fée. D’ailleurs, les faits ont démenti le conte : chaque fois qu’on réunit en laboratoire les constituants moléculaires de la vie bio-atomique en présence d’un catalyseur non biologique, des A.D.N. se constituent spontanément. Et Henri Laborit de commenter : « Curieux hasard qui obéit alors à des lois logiques ! »

« Si les girafes ont le cou long, c’est parce que leurs ancêtres l’ont voulu », dit pertinemment Lamarck. C’est lui qui a raison et Jacques Monod avait tort de dire que cette explication est « inacceptable ». Les mutations qui allongent leurs pattes et leur cou correspondent au besoin d’atteindre aux plus hautes branches qui résout un conflit entre le besoin et la raréfaction de la nourriture et témoignent du couplage étroit entre le milieu, les adaptations anatomiques et les performances de l’espèce. Toutes les mutations, donc les adaptations, d’une espèce n’ont pas d’autre cause que le conflit entre le milieu et l’espèce.




Cary Grant-Thornhill et Eva Marie Saint-Kendall rejouent, dans les deux sens, puisqu'ils choient quasiment dans le vide, l'évolution des cellules biologiques qui se créent dans la soupe primordiale, lors de la font des glaces qui recouvrent la biosphère, pour créer des poissons à double respiration - Dipneustes et Crossoptérygiens - qui, ayant la mort aux trousses - la mer s'assèche - seront contraints de survivre sur les terres émergées. Le couple  Grant-Thornhill-Eva Marie Saint - n'ayant pas choisi le nom ni le rôle de l'actrice, je ne suis pour rien dans la triple et lourde symbolique dont elle est chargée - vaincra la mort qu'il a aux trousses, en remontant sur la falaise, sans chute dans l'abîme, avec l'aide du contre-espionnage - l'esprit ceint ou l'ordonnateur des fonctions d'ondes - qui réglera son compte à Léonard, par-dessus la tête des présidents.



Ce qui est aujourd’hui inacceptable est de croire innocemment comme Jacques Monod qu’elles ne sont que le produit exclusif du hasard. Elles passent nécessairement par la prise de conscience du conflit et le besoin de le résoudre. Tout ce qui affecte le corps est un programme biologique de survie, destiné à assurer la pérennité de l’espèce. Et c’est bien parce qu’ils avaient la mort aux trousses — ils devaient nécessairement capter l’oxygène de l’air, donc fabriquer des poumons — que les poissons qui n’étaient pas parfaitement adaptés à la vie marine ont survécu à l’assèchement de la mer, quand les hyperadaptés, les méritants qui n’avaient en stock que l’option marine ont tous crevé quand l’eau s’est évaporée.

Leur cliffhanger était cependant inversé : l’eau évaporée n’a laissé émerger que la Terre.

Richard Sünder

Publié dans COIN PHILO

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